AU CAFÉ DU PORT – Lettre ouverte.

Lettre ouverte aux artistes en création
Spectacle « AU CAFE DU PORT » 

Du Tango.  

Le tango né dans les bouges, a aujourd’hui traversé les mers. Et traversé les trames sociales.

Loin de ses premières fougues, il s’en souvient, de contrées en contrées et de milonga en milonga comme tant de groupuscules formant un réseau, une cartographie sous-jacente aux frontières.

De toutes parts des humains avaient échoué dans les ports d’Argentine, et sur ces rivages, au milieu des bateaux allant et repartant, était né le tango. Se souvenant du tiraillement terrible qui oppressait les migrants entre abandon et découverte, il a chanté leurs douleurs. Calqué sur la houle, imitant le mouvement des vagues, il a élevé sa cadence.

Le tango est avant tout mouvement. Il est devenu ce balancement répétitif, qui oscille entre passé et futur, entre femme et homme, entre gauche et droite. Jouant toujours de deux oppositions, il les confronte et les éloigne sans cesse car au cœur de ce balancement répété se trouve, durant une seconde, un fragment d’équilibre délicieusement éphémère. 

Et cet instant, c’est sa quête infinie.

En liant deux êtres, rythme et mélodie, pulsion et nostalgie, virilité et féminité, il finit par devenir ce fragile équilibre, ce point d’orgue serti quelque part entre résistance et magnétisme. Il devient cette tension éternelle, ce point précis qui lie deux entités sans les confondre, qui les rapproche sans les perdre.

 C’est en tanguant toujours d’un  pôle à l’autre, en exacerbant cette zone éphémère qu’il s’enrichit de cette fragilité, qu’il devient lui-même  cette recherche incessante, et métaphorise cet instant même.

 Et sa quête est celle que nous désirons tous, son chant celui de sirènes enivrantes, son tangage l’espoir qui nous fait chavirer. Et chacun le danse à corps perdu, dans tant de villes du monde, car il fascine et appelle l’amour, et chacun s’enivre de cette fragilité puissante.

Né du duel, il chante un splendide hymne au duo, il l’honore et le protège au coeur des milongas, où chacun peut s’oublier dans l’abrazzo d’un partenaire inconnu, se donner entier au rythme d’une respiration étrangère.

Enfin, il rappelle à l’homme et à la femme leur humanité première, et dans ses conventions, il leur offre un espace de tendresse et d’espoir malgré leurs déceptions.

 Lola Bonfanti
Bruxelles Aires Tango Orchestra


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