Édito de la saison

La saison prochaine est le reflet d’un monde qui tournoie sur lui- même et semble être entré dans une forme d’entropie. Les vents des pouvoirs, des abus, des forces obscures et corruptrices soufflent et s’opposent aux vents contraires des contestations. Le monde semble un décor habité par des êtres à qui la tête tourne. On s’observe « sans savoir exactement pourquoi, ou se rencontrant par hasard, sans pouvoir se reconnaître avec assurance ». Si on ne déplace pas les montagnes, on soulève des tempêtes et on crée le chaos.

Au plus fort du désordre, se cherche un nouvel équilibre, un sens à la vie, une porte d’entrée ou de sortie. Les spectacles sont comme des échappées belles, des nouvelles destinations. Ils ouvrent des espaces de liberté pour aller à l’encontre des maladies de ce siècle et condamner « la condamnation que le monde semble avoir prononcée contre son existence ».

On relit avec les yeux du présent des textes fondateurs. On revisite les mythes, les grands classiques, des best-sellers. On n’échappe pas à la violence et au sang, à l’inhumanité, à la dépression, mais on croit à l’avenir. On veut rêver, s’amuser de la vacuité, accepter la béance, dire des absurdités, avoir le droit d’échouer, vivre les fièvres du week-end avant de retourner dormir. On se demande si l’amour et la sincérité des sentiments ont encore une place, si la vie n’est pas devenue une société de spectacle, si tout n’est que trompe-l’œil, illusion, mensonge, déguisement.

On prend la femme comme une corne d’abondance. On ouvre un crâne comme on ouvrirait une boîte. On entend des voix de sorcières. On perce la toile de l’actualité tragique. On tourne en rond. On tourne en boucle. On marronne. On se raconte des salades. On entre dans l’oreille du monde. On en ressent ses pulsations. On se retrouve dans un seul et unique lieu. On remonte le temps. On le déroute. On en découvre ses strates. On danse. On regarde autrement le rituel des rencontres autour d’une table.

On discute, on débat. On fait des lectures, on en écoute. On casse les barrières, les murs, les frontières. On reste ouvert sur le vieux monde, on accueille le nouveau à bras ouverts. On touche la fugacité du bonheur. On goûte la simplicité de la vie.

Et au commencement comme à la fin, les artistes font exploser la scène !

Citations : Guy Debord – Commentaires sur la société du spectacle – 1988, Éd. Gérard Lebovici.