« Suzy raconte »

Du 6 au 10 mars 2012 à 20h30 dans l’Espace Salon.

Un chapeau magique plein de petits papiers qui sont autant de titres que Suzy Falk a donnés aux histoires de sa vie et de ses planches. Une main pioche un de ces papiers. Et Suzy nous raconte… ses souvenirs étonnants, émouvants et cocasses.
Tout spectateur, attentif au théâtre belge, la connaît, la Fameuse Suzy Falk. Elle a porté les plus beaux rôles du répertoire. Mais qui la connaît réellement ? Dans Suzy raconte, elle se livre. Qu’il s’agisse de sa carrière, de son quotidien, de ses voyages ou de ses expériences, elle désamorce ce qui pourrait paraître trop sérieux. Au hasard de ce tirage, totalement arbitraire, vous pourrez entendre des anecdotes et des bribes de son histoire, comme celles de son exil (de l’Allemagne d’Adolph Hitler), de la petite auto de couleur Vie ou du recueil de SDF,… et dans le silence, des silhouettes jamais oubliées.

Suzy Falk

Sur les planches depuis 1946, elle a défendu presque tous les auteurs, de Shakespeare à Bertolt Brecht, de Ionesco à Garcia Lorca, d’Anouilh à Giraudoux, incarnant 1001 personnages, du plus modeste au plus sophistiqué, avec le même souci de sincérité et la même joyeuse perfection : « Je suis toujours parvenue à tirer quelque chose du rôle le plus anodin car j’ai aimé ces petits personnages qui, pour moi, existent à part entière. J’avais à cœur de leur offrir une dimension et une vraie vie ».

En 65 ans de carrière et plus de 200 pièces, Suzy Falk a adopté des manières de concevoir le théâtre, sous la houlette de metteurs en scène différents dans quasiment tous les théâtres du Royaume. Elle a joué dans des dizaines de films et de dramatiques-radio, et elle a même fait de la télé au Canada. Puis elle est revenue en Belgique et n’est plus repartie. « Je n’ai aucun regret, dit-elle. J’ai tout fait ! Sauf peut-être la comédie musicale. Je dansais et chantais beaucoup. J’aurais voulu partir aux États-Unis mais on n’avait pas un franc à la maison. »

En 1990, elle reçoit le Prix de l’Eve du Théâtre pour son interprétation dans Ni Chair ni Poisson de Franz Xaver Kroetz. En octobre 2001, elle reçoit, pour la seconde fois de sa carrière, le Prix du Théâtre pour la Meilleure Comédienne, pour sa remarquable interprétation dans la pièce de Véronique Olmi, Chaos debout, au Théâtre Le Public.

Le 9 avril 2011, elle décide de faire ses adieux à la scène en donnant une ultime représentation de la Rue des jonquilles, de René Bizac que le Rideau de Bruxelles présente au Théâtre Varia. Mais ce n’est pas parce qu’elle arrête la scène, qu’elle disparaît ou qu’on on ne la voit plus !

Suzy raconte

Elle a trouvé la parade à sa retraite volontaire avec Suzy raconte, une soirée de rencontre avec elle et le public qu’elle a créée en 2000 et qu’elle pose partout où on le demande. Un moment de bonheur. On pioche dans un chapeau des petits papiers qui sont comme autant de titres qu’elle a donnés aux histoires de sa vie et de ses planches… Chacun d’entre eux déclenche un souvenir qu’elle se met  à raconter avec ses mots drôles ou graves, son regard lumineux, sa réflexion sur le monde, et c’est un régal de l’écouter. À part quelques exceptions qui nouent la gorge, ses anecdotes sont plutôt drôlatiques, voire carrément désopilantes.

Interview de Suzy Falk par Noëlle Lans (extraits) :

Pourriez-vous vous définir ?

Certainement pas ! J’ignore qui je suis, mais je cherche ! Parfois, c’est très étrange, j’ai l’impression d’être quelqu’un de différent de qui je crois être. Qui est-on vraiment ? Ah ! Le cerveau, tellement vaste et tellement rempli de surprises. Je pense que tout part de lui et que le cœur est seulement la machine qui fait avancer le truc. La pensée vient du cerveau. Qui est-on et quel cerveau a-t-on ? Je ne pense pas avoir celui d’un assassin. Je suis tranquille, quoi ! Mais sait-on jamais ce qu’on est capable de faire ?(…)

Passé, actualité… comment reliez-vous les deux ?

Le passé, c’est le passé ; l’actualité, c’est l’actualité. Quand je compare avec ma jeunesse, je trouve qu’il y a plein de choses qui sont moins bien, comme pensent beaucoup de gens de mon âge. Les mentalités ont changé, les rapports entre humains ne sont plus tout à fait les mêmes, ni la manière de concevoir les choses, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de jeunes extraordinaires dans la société actuelle. La façon de faire la politique a changé également, la façon de parler, la vitesse avec laquelle il faut tout faire. La vitesse, les performances, c’est devenu capital. On n’a même plus le temps de voir venir la vie, d’être sensible aux choses ! Mais je suis une femme du présent, qui s’intéresse à l’actualité.(…)

Les petites histoires que vous racontez seraient-elles figées si elles étaient écrites ?

Absolument ! On ne peut pas les écrire, puisque c’est de l’impro ! Il n’y a que le titre qui existe sur les “petits papiers” qu’on tire dans le public. C’est différent à chaque fois, même si le sujet ne change pas. Je refuse catégoriquement que ce soit écrit ! J’ai mes “fans”, comme je les appelle, qui reviennent régulièrement à mes spectacles. Ils ont parfois entendu trois fois la même histoire – si cela tombe ainsi – sans jamais se lasser.(…)

Suivez-vous les actualités ?

Et comment ! Je ne supporte pas l’idée d’ignorer dans quel monde je vis. J’ai repéré les “bons journalistes” à suivre à la télévision, ceux dont les débats sont clairs, “courts et bons” – comme disait ma mère – et qui ne noient pas le poisson. Je lis aussi certains journaux. Je ne suis pas une politicienne, mais je veux rester informée de ce qui se passe sur la Terre. Ce n’est pas toujours drôle. Le désastre de la marée noire, les incendies en Russie, les inondations au Pakistan, par exemple, m’ont fait pleurer. C’est terrifiant ! On n’a qu’une vie. Ceux qui ont les moyens ne veulent pas partager avec les autres. Il faut lire Jacques Attali, entre autres.
Noëlle Lans, La Tribune de Bruxelles le 05/10/10

Interview de Suzy Falk réalisée par Frédéric Dezoteux:

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