Historique

LE THÉÂTRE VARIA: UNE HISTOIRE À LA GÉOMÉTRIE VARIABLE

Au début du vingtième siècle, et plus précisément entre 1905 et 1912, Bruxelles vit l’édification de nombreuses salles de spectacles. Parmi elles, le Théâtre Varia qui fut inauguré le 23 septembre 1905 au 78 rue du Sceptre alors appelée « rue de la Couronne ».

La salle – appelée aujourd’hui Grand Varia – possédait deux galeries pour une capacité d’un millier de places assises. Malheureusement, située dans une rue excentrée et mal desservie par les transports en commun, elle n’allait pas connaître le succès escompté et le théâtre allait vivre une histoire quelque peu chaotique.
Le premier directeur du lieu fut Georges Liesse, un célébre comédien bruxellois qui fut en poste du 23 septembre… au 5 octobre 1905, soit une quinzaine de jours à peine avant de passer la main à un autre directeur qui lui-même, resta aux commandes pendant…10 jours.
Le Varia devint alors une salle de quartier vouée aux troupes de passages et aux bals publics jusqu’en février 1906 où un certain Ercole Arlotti en prit la direction. Son projet était d’y produire les derniers grands succès de l’opéra italien.
Il rebaptisa le Théâtre Varia en Théâtre Verdi.

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La première de La Bohème de Puccini ainsi que les quatre opéras qui suivirent, connurent bien du succès, mais Arlotti n’avait pas les droits d’auteurs pour donner ces représentations à Bruxelles! Il eut beau argumenter qu’il se trouvait sur le territoire d’Ixelles et non sur celui de Bruxelles, les recettes furent saisies et la faillite déclarée le 18 mars 1906.

Pour finir en beauté, Arlotti proposa un dernier concert de Bel Canto dans la salle Varia et il eut l’idée d’ajouter comme intermède entre chaque prestation, des combats de lutte japonaise jiu-jitsu. Une grande première en Belgique pour cet art martial qui fut, malheureusement, conspué par les mélomanes présents.
Le Théâtre Verdi redevint le Théâtre Varia.

En 1925, la rue fut rebaptisée rue du Sceptre.

Quelques tentatives d’exploitation eurent lieu par la suite, mais aucune ne fut durable. Le Varia devint une salle de quartier où de nombreux bals populaires eurent lieu jusqu’à ce que la seconde guerre mondiale donne le signal de sa désaffectation.

Le Varia devint un garage avec débit d’essence à front de rue, atelier de réparation automobile, entrepôt appartenant à la société Louis De Walle qui le mit en location dans les années 80.

C’est à cette époque que des metteurs en scène alors en quête d’un lieu pour y développer leurs démarches artistiques respectives trouvent ce grand lieu vide. Des projets de mise en commun ne virent pas le jour jusqu’à ce que Marcel Delval,et Philippe Sireuil qui faisaient du théâtre dans un ancien cinéma à deux pas de là décident de le louer. Ils demandent à Michel Dezoteux de les rejoindre. Le Théâtre Varia était né. Le nom était tout trouvé, il était inscrit sur la façade du bâtiment : V, A, R, I, A.

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Les premiers spectacles présentés connurent d’immenses succès malgré des conditions d’accueil précaires : des bancs servent de gradins, des couvertures pallient l’absence de chauffage et l’imagination le manque de moyens.

Le lieu ne répond cependant pas aux normes de sécurité en vigueur et les pompiers interrompent les spectacles pour raison de sécurité. La jauge ne doit pas excéder une cinquantaine de spectateurs. Comment continuer ? Le propriétaire décide alors de mettre le bâtiment en vente. Un espoir s’offre aux trois jeunes metteurs en scène : faire acheter le bâtiment par la Communauté française. Une campagne de solidarité est mise en route pour convaincre les pouvoirs de tutelle d’acquérir le bâtiment. Sous la pression du public, de la presse, et au regard des succès, la Communauté Française achète le bâtiment en 1983 et accepte le projet de rénovation.

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Une page de l’histoire est tournée. Bien que des traces du passé soient toujours présentes dans ses murs avec sa façade de 1905, ses verrières de l’espace d’accueil, le Varia devient un véritable théâtre qui ouvre ses portes le 9 septembre 1988.

Chantal Dassonville, architecte des bâtiments publics et Alberto Zaccaï mènent à bien cette réhabilitation. Un troisième architecte : Christian Neirynck, conçoit le bar que l’on connaît encore aujourd’hui. Ce fondateur du restaurant l’Amadeus sera responsable de cet espace jusqu’à ce que l’équipe du Théâtre le reprenne à sa charge.

Il fut envisagé, lors de la rénovation, de construire une deuxième salle plus petite mais l’idée fut mise de côté. Elle refit surface, dans un autre bâtiment, non loin de la rue du Sceptre, dans un ancien atelier de menuiserie/carrosserie situé au 154 rue Gray. Le lieu qui fut loué et transformé en Petit Varia connut son premier spectacle le 17 octobre 2000. Il fut acheté par la Communauté Française en janvier 2009, par la Ministre de la Culture, Madame Fadila Laanan. Le Théâtre Varia fêtait alors ses vingt ans.

Le Varia en images :