La compagnie intriquée crée et diffuse des spectacles à destination des adolescents avec la conviction que le théâtre doit être à la portée du plus grand nombre. Dans ce but la compagnie travaille sur des formes adaptables à tous les endroits. Jouer dans tout type de lieux soumet les démarches de création et de diffusion de la compagnie à une série de contraintes dont elle fait une force, sans pour autant vouloir s’y cantonner.

La compagnie s’appelle “Intriquée” parce que, à l’instar de particules intriquées en physique quantique, tous les éléments qui concourent à l’existence d’un spectacle sont liés, quel que soit le temps qui les sépare. Et parce que, de la genèse à la diffusion, tous les intervenants d’un spectacle restent impliqués jusqu’au bout dans le processus et impactent celui-ci.

Valentin Demarcin et le Varia

Portrait de Valentin Demarcin

Te souviens-tu de ta première fois au Varia ?

– Il me semble que c’était dans la saison 2010-2011. Je suis allé voir Pré de la Clinic Orgasm Society au Petit Varia. Hugo, un ami à moi m’avait proposé d’aller voir ce spectacle parce que ce serait une chouette création musicale et technique, sans doute un peu perchée. Dans mon souvenir on y est allé à la première.  Il y a eu, me semble-t-il – il faudrait que Mathylde et Ludo de la Clinic le confirment -, pas mal de soucis techniques. Et justement, ce qui était drôle c’est que ces soucis n’étaient pas du tout dérangeants, ils étaient largement intégrés.

Pré était l’histoire de Lala Ferrero, une super héroïne malgré elle. Elle a un sexe qui devient énorme et qui produit un concentré de phéromones ultra-puissants à l’effet dévastateur. Elle aspire à l’anonymat, à connaître l’amour, à avoir des amis, à vivre une vie « normale », mais avec son super pouvoir, ce n’est pas gagné.

J’ai trouvé cette fable et la forme qui allait avec assez géniales. Les animations Flash, la musique, le costume de vulve qui devient de plus en plus géant, l’énergie… 

C’était au Petit Varia et j’avais aussi beaucoup apprécié cette salle avec la mansarde, la charpente, où justement, et c’est  drôle, j’ai créé trois spectacles : Le trait d’union, Jean-Jean en 2016 et La conjuration d’Apollon en 2019.

Peux-tu partager un souvenir mémorable ou une anecdote amusante vécue au Varia ?

– Il y en a vraiment beaucoup… je me souviens de la soirée de la dernière de Jean-Jean. On a fait une sacrée fiesta, notamment avec l’équipe de Il ne dansera qu’avec elle d’Antoine Laubin. Pour l’anecdote justement, il se fait qu’en 2016, on a créé Jean-Jean en même temps qu’Antoine et son équipe créait Il ne dansera…, et en 2019, on a créé La conjuration d’Apollon en même temps que son équipe créait Le roman d’Antoine Doinel. C’était gai de se retrouver, surtout qu’on s’entend bien, tous ensemble.

Pour en revenir à la dernière de Jean-Jean, on faisait bien la fête, et Sylvie (Sylvie Somen, directrice artistique du Varia), à sa manière, disait à Marie-Charlotte, une des comédiennes, « mais vas-y, danse, danse sur le bar ». Et Marie-Charlotte est montée sur un tabouret et a fait un vol plané pas possible. On a rigolé comme des fous.

J’ai aussi envie de parler des rendez-vous pour parler des projets qui sont très stressants. Il y a une espèce de pression qu’on se met. Il ne s’agit pas vraiment d’une négociation, mais d’une opportunité pour exprimer ses envies et ses projets alors qu’on sait tous très bien que le spectacle n’est pas encore fait. Mais on joue tous à « voilà ce que ça va être ».

Par exemple, la première fois qu’on est allé au Varia pour Le Trait d’union, avec la compagnie Trou de ver, on n’était pas armé, mais Sylvie a marqué un intérêt et Abdel (Abdel Makoudi, directeur financier du Varia) a tout de suite été emballé par la manière de fonctionner de la compagnie. C’était très chouette, on est sorti de là avec des dates pour Jean-Jean. Et puis la confiance n’a fait que grandir puisqu’il y a encore eu 2 spectacles depuis. Du coup c’est très gai.  L’écoute rend cette étape plutôt stressante vachement intéressante. Pareil avec les réunions d’équipe du Varia.

Voilà. De manière générale, je trouve que l’ambiance au Varia est assez humaine. Ou alors je suis naïf, mais moi je me sens assez bien au Varia pour ça. Pour les réunions, les rencontres, les discussions…

 

Des œuvres qui changent la vie

Quel est le spectacle que tu as créé ou auquel tu as participé, qui a eu le plus gros impact sur ta vie ? 

– C’est difficile à dire parce qu’à chaque fois que j’arrive dans une phase de création j’ai l’impression que c’est encore plus de boulot que la fois d’avant. Alors je dirais le dernier, La conjuration d’Apollon. Sans vouloir faire de lobby pour le Varia, c’est entre autres le cadre qui était vraiment bien. Au sein de l’équipe artistique, un groupe s’est très vite créé. L’ambiance humaine était forte malgré le fait que certaines personnes travaillaient ensemble pour la première fois. Et tout allait dans ce sens-là, je trouve. Y compris dans l’encadrement technique du Varia, qui est toujours très bien. On a travaillé dans le temps qu’on avait prévu, en avançant comme on l’avait prévu. Tout était humainement agréable. Et même les complications, entre membres de l’équipe artistique et l’équipe du Varia, pouvaient se résoudre avec des discussions.

Quelle est l’œuvre qui t’as le plus marqué en tant que spectateur ?

– En spectacle, Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, de Vincent Macaigne. Le rapport à ce qu’est la représentation m’a beaucoup marqué. Tout ce que je savais en allant voir ce spectacle était qu’il était une adaptation d’Hamlet. Et le jeu avec le public, le fait que des personnages soient plébiscités par le public au début, c’est pas mal. Macaigne joue beaucoup avec les émotions, les libertés. J’ai entendu par après, en écoutant des interviews de lui, qu’il pousse ses acteurs très loin dans l’énergie ou dans la performance. Quand j’ai vu le spectacle, j’ai eu l’impression de voir des acteurs libérés d’énormément de choses. Ça m’a beaucoup impressionné. Que ce soit sur la voix, l’énergie, la violence… tout était tellement libéré que s’en était très impressionnant.

Au cinéma, Brazil de Terry Gilliam. J’aime beaucoup la fiction en général, et je trouve que l’univers d’anticipation du film, la complexité du récit, les émotions qu’il procure et l’évolution des personnages évoluent, tout est très bien mené, même si le film commence à dater.

En musique, Purcell m’a profondément touché. Une de ses compositions les plus connues est « L’enterrement » qu’il a écrit pour la Reine Marie en Angleterre. Sa musique en général est bouleversante. Fred Pallem aussi, « Le sacre du Tympan« . Ce sont des œuvres très complètes.

 

Si la compagnie Intriquée était…

  • une émotion / un sentiment ?  la joie d’être ensemble, la soif d’apprendre
  • un cri d’animal ? le bourdonnement d’un essaim d’abeilles
  • un être / un animal légendaire ? le Griffon
  • une partie du corps ? Le système nerveux. Quelque chose de plutôt périphérique, pour l’idée de faire le lien entre beaucoup de choses, de tout lier plutôt que centraliser les choses. Le périphérique c’est tous les nerfs et tous les os alors que le central correspond au cerveau et à la moelle épinière. La compagnie est plus proche du réseau.
  • un sport olympique ? Le curling. C’est un beau sport d’équipe quand même. Faire avancer un gros poids sur la glace, je trouve que c’est une belle métaphore des incertitudes de ce que l’on fait.
  • un objet du quotidien ? Un magnum de champagne. Ou une casserole de sauce bolo.
  • une figure de style ? Un chiasme.  Dans l’idée que les choses se croisent, d’une ligne à l’autre.
  • un courant artistique ? Rococo, parce que ça vient du roc et du baroque (rocaille et barroco).
  • un dicton ou une citation ? Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément. Albert Einstein

 


 

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