Le Théâtre de la Chute est une compagnie de théâtre fondée en 2010 par Benoît Verhaert, comédien et metteur en scène belge, dont le travail consiste essentiellement à adapter des pièces classiques ou des romans.

En 2010, son adaptation de LA CHUTE d’après Albert Camus attire de nombreuses écoles et le motive à approfondir cette rencontre avec le public scolaire. Parallèlement aux spectacles qu’il présente dans des formes épurées et mobiles, il conçoit des projets interactifs et pédagogiques pour permettre aux élèves d’avoir une approche active du théâtre et de porter un regard neuf sur la littérature classique.

 

Benoît Verhaert et le Varia

Benoît Verhaert, comédien, adaptateur et metteur en scène, fondateur du Théâtre de la Chute

Te souviens-tu de ta première fois au Varia ?

– J’avais été engagé comme acteur par Marcel Delval, dans une pièce de Daniel Keene, All souls. Je ne sais plus en quelle année c’était, mais il y a longtemps. J’en garde un excellent souvenir. J’étais très content d’arriver au Varia, c’était une bonne surprise qu’on m’y appelle. On a tendance à penser, même en tant qu’artiste, que ce métier est extrêmement cloisonné. Je croyais que le Varia s’inscrivait dans une famille théâtrale de laquelle je n’étais pas et je croyais que je n’y entrerais pas. Mais Marcel Delval est ce genre de gars qui a toujours voulu décloisonner et a toujours eu le souci de mélanger les équipes. Donc j’étais ravi que ce gars-là m’ouvre les portes du Varia, où je me suis d’ailleurs senti très bien accueilli par tout le monde, dès le départ.

Peux-tu partager un souvenir mémorable ou une anecdote amusante vécue au Varia ?

– La petite anecdote concerne Michel Dezoteux. Il faisait un peu peur parfois, il semblait distant. Et en fait c’était tout le contraire. Un jour, avant le début des répétitions de All souls, il m’a invité à venir boire un café. Et je me suis retrouvé le matin, en tête à tête avec lui au bar du Varia. Il m’a juste dit « quand les gens travaillent dans mon théâtre, j’ai envie de les rencontrer ».

Des créations qui changent la vie

Quel est le spectacle que tu as créé ou auquel tu as participé, qui a eu le plus gros impact sur ta vie ?

– C’est un petit spectacle qui s’appelle Claque. Un seul en scène que j’ai créé il y a longtemps, que je continue à faire et que je ferai, j’espère, toujours. C’est un spectacle de café-théâtre à la base de toute petite jauge, qui est tout à fait modeste et auto-dérisoire. Je l’ai créé dans un moment où je commençais à me demander si ma carrière était bientôt finie, si je n’étais pas déjà en train de devenir un « has been », si j’avais encore une place. Et comme la période était un peu creuse, j’en ai profité pour me moquer un peu de moi-même, de mes doutes, de mes peurs et de mon métier.

Donc j’ai fait ce spectacle où je joue celui que je ne voudrais pas devenir. C’est-à-dire un acteur complètement ringard et aigri, mais qui s’interroge et interroge les gens sur leur rapport au théâtre. En dessous de l’autodérision il y a de vraies questions. Ce sont pleins d’extraits de grands textes classiques qui brassent pas mal de trucs.

Voilà, c’est mon petit spectacle très personnel, que je m’amuse à jouer encore et qui j’espère m’accompagnera longtemps, car il s’actualise avec moi.

Quelle est l’œuvre qui t’as le plus marqué en tant que spectateur ?

– C’est un film, que j’ai adoré dans mon adolescence, que j’adore encore : Le Lauréat (The Graduate). C’était la première apparition à l’écran de Dustin Hoffman. L’histoire se passe aux États-Unis dans les années 60, et présente un jeune homme qui devient adulte. C’est une tragédie, à part qu’on rit tout le temps.

Un jeune homme grandit dans un milieu bourgeois des golden sixties, dans une famille de nouveaux riches américains. Ses parents placent en lui beaucoup d’espoirs parce qu’il est brillant élève, promis à un grand avenir. Mais il est justement en proie au doute, ne sachant plus ce qu’il veut faire, et ses parents prennent ça pour une petite crise passagère. Sauf, qu’elle ne passe pas. Et l’élément tragi-comique de l’histoire, c’est qu’il commence une liaison clandestine avec une amie de ses parents, Mrs Robinson, qui a l’âge de sa mère et qui est complètement névrosée et alcoolique. Cette femme lui fait promettre de ne pas approcher sa fille qui va bientôt rentrer de l’université, mais évidemment, il tombe raide dingue de cette fille au premier regard. À partir de là, les ennuis commencent…

C’est une histoire qui m’a à la fois beaucoup fait rire, ému et à laquelle je me suis un peu identifié quand j’avais 18 ans, et qui continue à me poser question en tant que parent. C’est aussi un portrait d’une Amérique des années 60, qui est un monde dont nous héritons un peu aujourd’hui. Et puis il y a la musique, ce fameux titre de Simon & Garfunkel.

Si le Théâtre de la Chute était …

  • une émotion / un sentiment ? le doute
  • un cri d’animal ? le hurlement du loup
  • un être / un animal légendaire ? le sphinx, cette créature monstrueuse qui pose des questions. Si tu n’y réponds pas, tu crèves.
  • une partie du corps ? les genoux. Parce que c’est l’endroit du fléchissement, l’endroit dynamique. Ils permettent de tomber et de se relever. Ils donnent la dynamique des jambes et donc du corps pour avancer.
  • un sport olympique ? le triple saut. Parce qu’au Varia, le Théâtre de la Chute a présenté trois pièces en trois semaines. Non… Surtout parce que le triple saut va plus loin qu’un simple saut. C’est fascinant qu’un athlète puisse s’investir corps et âme dans le triple saut… Ce n’est même pas très beau à voir mais l’idée est belle.
  • un objet du quotidien ? une casserole. Parce qu’on est pour l’instant en période de confinement et je me suis mis à cuisiner, comme beaucoup de monde j’imagine. Je n’étais pas très doué à la base mais maintenant je cuisine. Et faire une pièce de théâtre c’est un peu comme préparer un repas. Il faut inventer et parfois faire brûler des trucs. Et puis on dit que c’est dans les plus vieilles casseroles qu’on fait les meilleurs repas.
  • une figure de style ? l’allégorie, même si c’est un peu évident quand on fait du théâtre. L’oxymore aussi. J’aime bien l’idée de mettre ensemble deux mots opposés.
  • un courant artistique ? l’expressionnisme. Je me suis inspiré de ce courant pour ma dernière pièce en date, Un fils de notre temps, mais je crois que je tendais vers ça depuis longtemps. J’aime bien le côté un peu clownesque et intimiste de ce courant artistique.
  • un dicton ? lentement mais sûrement.

 


 

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