• Lieu: Petit Varia
  • Public:
Les horaires
  • Le mardi 23/02 à 20h00

  • Le mercredi 24/02 à 20h00

  • Le jeudi 25/02 à 20h00

  • Le vendredi 26/02 à 20h00

  • Le samedi 27/02 à 20h00

  • Le mardi 02/03 à 20h00

  • Le mercredi 03/03 à 20h00

  • Le jeudi 04/03 à 20h00

  • Le vendredi 05/03 à 20h00

  • Le samedi 06/03 à 20h00

Hélène habite avec son compagnon Danny. Un soir, son frère Liam arrive sans prévenir chez eux. Il est couvert de sang. En état de choc, il parle confusément d’un « accident » et « d’un jeune gars » blessé qu’il aurait pris dans ses bras. Alors que Danny et Hélène cherchent à en savoir plus, la vérité se tord dans les propos de Liam, sa parole devient de plus en plus ambigüe. Des tensions naissent alors au cœur de la maison, dévoilant progressivement la part d’obscurité de chacun des trois personnages.

Une pièce de Dennis Kelly à découvrir au Petit Varia, du 23 février au 6 mars 2021. Avec sur scène : Jennifer Cousin, Antonin Jenny, Lucas Meister

Une histoire qui avance par bribes

Orphelins est aussi bien ficelé qu’un thriller psychologique, un polar haletant ou une comédie noire à laquelle Dennis Kelly donne un teint singulier et cohérent. Sa pièce nous tient sous tension du début à la fin en nous montrant comment la violence la plus crue peut brusquement faire irruption dans une cellule familiale et l’embraser jusqu’au point de non-retour. 

Par bribes, par mots syncopés, au détour d’une phrase, nous allons être amenés à réévaluer constamment les contours d’un danger qui semblait au départ pourtant bien circonscrit, et à remettre en question les valeurs de l’amour familial.

Dans cette pièce où les personnages cherchent à communiquer, à se faire comprendre, où les mots se bousculent, restent coincés ou sortent en avalanche, les mots « aimer » et « famille » sont employés trop souvent pour ne pas finir par devenir suspects. 

L’amour plus fort que tout ? 

On peut, par moments, détester ceux qu’on aime le plus, et cela ne fait pas de nous des monstres, juste des êtres humains. Dennis Kelly.

Pour Elsa Chêne, « si la pièce touche au cœur, c’est qu’en réalité elle ne parle que de nous, humains qui croyons que l’amour est, et doit être, définitivement plus fort que tout ».

Mais au fur et à mesure que la pièce avance, c’est pourtant bien de l’amour dont on se méfie, de cet amour qui coule dans les veines et qui colle à la peau jusqu’à devenir poisseux, jusqu’à imposer, soumettre, et exclure tout ce qui pourrait légitimement le nuancer.

C’est à ce qui est en jeu dans nos relations intimes que la mise en scène s’intéresse. C’est là qu’elle pose son regard pour – plus que traquer nos peurs – éclairer ce qui les sous-tend.

Une chorégraphie aussi éloquente que les mots

Il y a des choses qui sont présentes mais que je n’arrive pas à formuler avec des mots. Mais elles restent palpables comme émotions ou sentiments. Dennis Kelly.

La violence physique dont Liam a été témoin se répercute progressivement dans les corps de toute la maisonnée. Elsa Chêne cherche à comprendre en quoi l’évènement peut réveiller des peurs enfouies, attiser des peurs potentielles. « Danny, Hélène et Liam se sentent tour à tour menacés par cette violence diffuse. Dans un premier temps, ils cherchent à circonscrire, à définir ensemble, comment il faut y réagir, ce dont il faut se méfier.

Mais la menace prend successivement tous les visages : celui du membre de la famille, d’un mari, d’une femme, d’un frère, d’une sœur, d’un ami, d’un gars blessé, d’un agresseur, d’un étranger, de soi-même… C’est bien de cela qu’il est question : de ce qu’on imagine et de nos projections, de ce que nous faisons des traces qui marquent nos mémoires et nos corps ».

La mise en scène part de la réalité du plateau – trois acteurs sur scène – et glisse peu à peu dans la fiction, pour donner au public sa propre latitude d’interprétation. Le corps des acteurs est aussi réactif et éloquent que les mots qui se cherchent.

Leurs gestes, réalistes et quotidiens dans un premier temps, sont répétés, décomposés, ralentis ou accélérés, au point de perdre leur signification initiale. Ils ouvrent la voie à une chorégraphie de gestes qui donnent la mesure et le temps, révélant l’organique et l’instinctif des mots syncopés, des phrases inachevées, des tics de langage dont le texte est chargé. 

« Je veux dire, est-ce que tu penses, est-ce que tu as pensé… ?
-Non. Peut-être. Je ne sais pas. Peut-être. Peut-être oui »

Elsa Chêne, ou la répercussion inconsciente du passé

Poertrait d'Elsa Chêne, metteure en scène d'Orphelins de Dennis Kelly

© Yvan Mégal

D’origine française, elle fait d’abord des études littéraires et théâtrales à l’Université de Nantes, à la Freie Universität de Berlin et à La Sorbonne à Paris, avant d’entrer à l’Insas d’où elle sort diplômée en 2016.

Sélectionnée par le Centre des Art Scéniques pour participer au Festival Courants d’air en 2017, elle présente une première étape d’Orphelins. Dans un espace vide, elle travaille de manière chorégraphique sur des trajets imposés aux interprètes et sur la répétition de gestes polysémiques.

En résidence à l’Area 42 et à L’Escaut, elle développe ensuite MUR/MER, une performance autour de la plage sans paysage. Le projet, sélectionné en 2018 au concours international DANSE ELARGIE remporte le deuxième prix et est diffusé dans plusieurs pays. Elle travaille actuellement à la mise en scène de la pièce de Victor Rachet, Cœur Karaoké.

« Dans mon travail, dit-elle, je m’intéresse aux « réflexes » langagiers, corporels, profondément ancrés depuis l’enfance et parfois depuis des générations. Qu’y a-t-il de volontaire dans nos reproductions ? Que nous a-t-on transmis ? Que croyons-nous protéger en agissant de la sorte ? »

Dennis Kelly, ou l’art de tâtonner vers la vérité.

Né en 1970 à New Barnet (nord de Londres), Dennis Kelly grandit au cœur d’une famille de cinq enfants, entre un père employé de la société de bus locale et une mère femme de ménage. A 18 ans, il remplit les rayons d’un supermarché.

« J’ai quitté l’école à 16 ans, comme le faisaient les gamins de mon milieu, pour trouver un boulot. Et qu’est-ce que je pouvais détester ce travail… »

Portrait de Dennis Kelly, auteur de Orphelins

© L’Arche

Tout change le jour où un copain lui propose de l’accompagner à son cours de théâtre : « Un soir par semaine, j’avais la chance de pouvoir… penser. » et il commence à écrire. 

À la fin des années 90, il suit des études universitaires au Goldsmiths College de Londres. S’il dit n’y avoir guère appris en matière d’écriture théâtrale, il y affirme le choix de formes en rupture avec le théâtre social réaliste anglais, à l’image de celles développées par Antony Neilson, Sarah Kane ou Caryl Churchill.

Depuis, il n’a pas arrêté d’écrire que ce soit pour le théâtre, le cinéma ou la télévision. Il est d’ailleurs le scénariste d’ « Utopia » un ovni télévisuel qui instille la parano et excite le nerf optique.

Dans un discours intitulé « Why Political Theatre is a Fucking Waste of Time » (quelque chose comme : « Pourquoi le théâtre engagé est une foutaise »), rédigé à l’occasion du festival berlinois Stückemarkt, l’auteur, qui emplafonne volontiers, au cœur de ses textes, la guerre en Irak, le terrorisme, l’ultralibéralisme ou la frénésie médiatique, constate son peu d’efficacité sur le réel…

« Et pourtant, je continue à croire que le théâtre peut changer le monde […] et que l’auteur doit, plus que tout, s’acharner à tâtonner vers la vérité. » 

A l’âge de l’ennui au supermarché, Dennis Kelly passait aussi beaucoup de temps au pub.

« Je buvais et je crois que cela conditionne encore aujourd’hui mon rapport à l’écriture. Quand on est alcoolique, on ment tout le temps, on devient un super-menteur parce qu’on ne peut pas se cacher pour boire aux toilettes et parler ouvertement de ce genre de pratique… Sortir de cela demande un effort de vérité qui fait que les anciens addicts développent souvent un rapport très intense à celle-ci. »

Ses textes conjuguent le caractère provocateur du théâtre in- yer- face et l’expérimentation des styles dramatiques les plus divers pour approcher les problématiques contemporaines aiguës. Ils sont édités à l’Arche dans leur version française. 

 


 

Quelques liens pour aller plus loin dans l’univers du spectacle Orphelins…

-> Performance d’Elsa Chêne, MUR/MER

-> Site d’Elsa Chêne

-> Texte d’Elsa Chêne sur Bela.be :  » Les quotas, une menace pour la liberté de choisir ? « 

Autour du spectacle

  • Chaque saison depuis 2015-2016, grâce au soutien de la COCOF, nous menons un magnifique projet d’apprentissage et de pratique de lecture en lien avec un ou des spectacles programmés: « La…

  • Afin de prolonger le spectacle, d'en comprendre la genèse, la fabrication, les enjeux sous-jacents. Accessible à  5€ sur présentation d’une carte d’étudiant en cours de validité.

AVEC Jennifer Cousin, Antonin Jenny, Lucas Meister
CRÉATION LUMIÈRE Iris Julienne
SCÉNOGRAPHIE, CRÉATION COSTUME Marion Menan
ASSISTANAT, DRAMATURGIE Victor Rachet
MISE EN SCÈNE Elsa Chêne

Une création d’Elsa Chêne en coproduction avec le Théâtre Varia, La Coop asbl et Shelter Prod. Avec l’aide de la Fédération Wallonie Bruxelles-Service du théâtre. Avec le soutien de taxshelter.be, ING et du tax-shelter du gouvernement fédéral belge.

Production déléguée Théâtre Varia

La pièce Orphelins de Dennis Kelly (traduction de Philippe Le Moine) est publiée et représentée par L’ARCHE – éditeur & agence théâtrale. www.arche-editeur.com

© Gwen Laroche

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