• Lieu: Grand Varia
  • Public: Tout public (15 ans et +)
Les horaires
  • Le jeudi 22/04 à 20h30

  • Le vendredi 23/04 à 20h30

  • Le samedi 24/04 à 20h30

  • Le mardi 27/04 à 20h30

  • Le mercredi 28/04 à 19h30

  • Le jeudi 29/04 à 20h30

  • Le vendredi 30/04 à 20h30

  • Le samedi 01/05 à 20h30

  • Le mardi 04/05 à 20h30

  • Le mercredi 05/05 à 19h30

  • Le jeudi 06/05 à 20h30

  • Le vendredi 07/05 à 20h30

  • Le samedi 08/05 à 20h30

Denise et John sont un vieux couple d’acteurs à la scène comme à la ville, condamnés à vie à jouer la même pièce !

Toutes leurs productions ont été un fiasco, sauf une qu’ils jouent et rejouent depuis des années dans des villes de province :  un standard du répertoire populaire qui met en scène un couple d’intellectuels alcooliques et obscènes. Mais ce soir, ils ont peut-être donné leur dernière représentation.

A voir au Grand Varia, du 22 avril au 8 mai. Avec sur scène : Claire Bodson, Leila Chaarani, Koen De Sutter, Khadim Fall

Une entreprise au bord de la crise

Leur carrière est à bout de souffle, leurs finances au plus bas, leurs rapports plus que tendus. Dans leur loge minable, ils se regardent dans la glace et font le point sur leur amour mutuel et professionnel ; sur le théâtre subventionné et commercial ; les sièges à moitié pleins ou vides ; le calcul des recettes et les frais qu’ils ont à payer, dont les salaires de l’acteur et l’actrice qu’ils sont bien obligés d’engager pour jouer les rôles secondaires de la pièce et qui s’en vont tous en claquant la porte.

Ils sont à la fois les employeurs et les patrons, les dirigeants et les comptables, les producteurs et les commerçants d’une petite entreprise culturelle et privée qui est, comme eux, au bord de la crise… Il leur fallait réagir pour ne pas faillir, et ce soir, ils jouent leur quitte ou double.

L’État sauveur de la noyade

Ils attendent la venue d’un jeune acteur et d’une jeune actrice qu’ils vont auditionner et comme ces deux-là sont « d’origine étrangère », ils bénéficient d’une subvention socioculturelle de l’État, du type diversité et égalité des chances. Voilà de quoi alléger les finances vacillantes de l’entreprise et sauver le couple de la noyade.  

Sybelle et Sofiane arrivent, l’audition va commencer, et comme dans Qui a peur de Virginia Woolf, l’alcool aidant, ça va tourner à l’aigre. Chacun va déballer sans retenue ses quatre vérités.

Une comédie en vase-clos grandiose, cruelle et drôle de Tom Lanoye où le théâtre se fait la métaphore des dérives de notre civilisation contemporaine et le lieu de tous les massacres.  

La fissure est-elle dans la nature ?

Le théâtre à l’ère de la post-colonisation, les conflits de génération, le #metoo dans le monde de l’art, le politiquement correct, les relations de pouvoir, d’amour et de haine entre soi, avec le théâtre, entre les clans communautaires, ainsi que les peurs, les jalousies : tout y passe en vrac sans être clairement énoncé et tout le monde en prend pour son grade.

Qui a peur est une comédie qui désosse jusqu’à la moëlle les clichés et les stéréotypes et fait saillir la substantifique et absolue bêtise de nos querelles et scissions intestines. La fissure est-elle dans la nature ? A chacun de se faire son opinion.

Le théâtre, comme le dit Tom Lanoye, n’est pas fait pour prendre des positions politiques comme les billets polémiques qu’on trouve dans la presse…

Une version française sur mesure et un signal politique

La pièce a été créée dans sa version néerlandaise au NTG en 2019, et prolongée devant le succès rencontré. Koen De Sutter la mettait en scène. Tom Lanoye écrivait pour la première des rôles adaptés à la distribution choisie. Elle était interprétée par Tarikh Janssen, Els Dottermans, Han Kerckhoffs, Dilan Yurdakul.

Aurore Fattier et Koen De Sutter, qui forment aussi un vrai couple dans la vie, traduisent et montent la version française de la pièce, avec la complicité de l’auteur, pour que le texte soit adapté sur mesure aux acteur·rices de la distribution et à leurs origines : en l’occurrence un couple francophone-flamand : Claire Bodson, Koen De Sutter, et un jeune couple issu de l’immigration ou perçu comme tel – Leila Chaarani et Khadim Fall – qui ont été retenus après avoir passé des auditions organisées dans le cadre du Centre des Arts Scéniques.  

Pour Aurore Fattier et Koen De Sutter, ce choix est un signal politique de collaboration des deux principales communautés de la Belgique autour du théâtre belge contemporain, et plus encore une manière d’interroger sans tabou les questions identitaires qui secouent notre pays.

Dans Qui a peur, Tom Lanoye donne la parole à toutes les voix politiques et à toutes les opinions actuelles sans les juger. La pièce est un véritable exercice de sincérité. Elle fait saillir les blessures politiques et identitaires propres à la Belgique, et au monde culturel et urbain, tout en étant une ode au théâtre et à l’amour.

Aurore Fattier, une metteuse en scène qui aime le dépassement

Portrait d'Aurore Fattier, metteure en scène, Solarium asblNée à Port au Prince (Haïti) et de nationalité française, Aurore Fattier est une metteuse en scène et actrice vivant à Bruxelles. Depuis ses études de lettres à Paris et un cursus en mise en scène à l’INSAS, elle travaille principalement entre la France et la Belgique autour d’adaptations théâtrales d’œuvres littéraires classiques et contemporaines.

Elle aime, dit-elle, les grands textes qui sont comme un miroir qu’on nous tend et se sentir petite face à eux. « J’ai le sentiment que ce sont des œuvres sans fin. Il est toujours possible d’aller plus loin. Cela engage quelque chose de très vivant. Je pense que ce sont des pièces qu’on peut monter de manière très différente, à des âges très différents. Il est toujours possible d’y revenir. J’aime aussi avoir le sentiment d’être dépassée par la puissance d’une œuvre ».

Elle aime aussi dans les pièces contemporaines aller chercher hors de sentiers battus et y ajouter son regard brut, impertinent, lucide et amusé sur nos travers.

Ainsi adapte-t-elle La possibilité d’une île de Michel Houellebecq (2014) en un seul en scène, et Bug, de Tracy Letts (2018), en un spectacle aussi gore que le cinéma du genre. Elle signe encore les mises en scène de L’Amant, de Harold Pinter (2015), Elisabeth II de Thomas Bernhard (2016), et en 2019, Othello de William Shakespeare, spectacle qui lui fait rencontrer Koen De Sutter, qui interprète de Iago.

Elle est en résidence artistique et artiste associée jusqu’en 2022 au Théâtre de Liège, de Namur et au Théâtre Varia (Bruxelles).

Sa compagnie, SOLARIUM bénéficie depuis 2018 du soutien d’un contrat-programme de la Fédération Wallonie Bruxelles

 


 

Quelques liens pour aller plus loin dans l’univers du spectacle Qui a peur

-> Qui a peur de Virginia Woolf, d’Edward Albee

-> Wie is bang ? au NTGent, avec Tarikh Janssen, Els Dottermans, Han Kerckhoffs, Dilan Yurdakul

-> Le site d’Aurore Fattier

Autour du spectacle

  • Afin de prolonger le spectacle, d'en comprendre la genèse, la fabrication, les enjeux sous-jacents. Accessible à  5€ sur présentation d’une carte d’étudiant en cours de validité.

AVEC Claire Bodson, Leila Chaarani, Koen De Sutter, Khadim Fall
SCÉNOGRAPHIE Aurore Fattier, Koen De Sutter
SON, LUMIÈRE, COSTUME Création collective équipe du spectacle, équipe du théâtre
TRADUCTION FRANÇAISE, DRAMATURGIE Aurore Fattier, Koen De Sutter en collaboration avec Tom Lanoye
ASSISTANAT À LA MISE EN SCÈNE Lara Ceulemans
MISE EN SCÈNE Aurore Fattier

Une création de Solarium en coproduction avec Dadanero, le Théâtre Varia, Kulturcentrum Mamer (Lux), La Coop asbl et Shelter Prod. Avec l’aide du Théâtre des Doms (Avignon) et du Centre des Arts Scéniques.
Avec le soutien de taxshelter.be, ING et du tax-shelter du gouvernement fédéral belge.
Solarium est une compagnie associée au Théâtre Varia.

© A. Fattier, E. Adam

 

Portrait de la comédienne Leila Chaarani

Leila Chaarani : du piano au théâtre, la joie de la scène

Je suis née le 6 juin 1991 dans une petite ville pluvieuse de France. Enfant, je devais prendre de la vitamine D en gélule pour donner à ma peau le soleil qu’il n’y avait pas dans le ciel. Condition d’enfants métis. Une partie de mes racines est au Maroc, l’autre dans l’est de la France. Aujourd’hui, mon cœur est en Belgique.

Grandir à l’arrière des salles de concert de mon père m’a donné goût pour la musique, j’étudie le piano classique pendant quinze ans, et je chante. Le goût des mots me vient de ma mère. J’entre à l’université de Nancy II pour suivre un double cursus de Langues et d’Histoire et, quand j’en ai l’âge, je pars en Allemagne pour devenir interprète.

Là-bas, je me retrouve à faire des concerts et découvre la joie de la scène. Je rentre en France. Les mots, l’Histoire, les histoires, la scène : je veux être interprète, oui, mais pour le théâtre.

Je suis une formation de théâtre physique à la Scène sur Saône à Lyon, avant d’entrer à Arts en Scène où je travaille entre autres avec Mohammed Brikat, Vladimir Granov, Fabien Albanese, Baptiste Guiton, Catherine Anne ou encore Françoise Fouquet.

Je suis admise en 2015 au Conservatoire de Mons dans la classe de Frédéric Dussenne. Au cours de ces quatre ans, je m’intéresse au théâtre de rue. Avec des comparses, on monte la compagnie LEGOBOUM et on expérimente.

En 2019, comme travail de fin d’études, j’écris un seul-en-scène, Dystoniac, où je raconte, invoque, déploie mon rapport au piano et à ce qu’il représente : l’identité, le tiraillement et le rapport à l’échec. Ce seul-en-scène voit le jour à MARS dans le cadre des « Vivement Lundi » et reste en cours d’écriture.

Depuis 2020, je travaille avec Pauline d’Ollone, Karine Pontiès et continue, avec notre compagnie LEGOBOUM, à investir poétiquement l’espace public.

Je vis à Bruxelles, ville pluvieuse comme celle de mon enfance.

Je ne prends plus de vitamine D mais j’observe que, ce que la couleur de ma peau raconte compte.

 

Portrait du comédien Khadim Fall

Cheikh Ahmed Bamba Fall, alias Khadim Fall : la force de l’entre-deux.

Je m’appelle Cheikh Ahmed Bamba FALL, un nom d’origine arabe qui vient de la culture islamique de mes parents. Le pseudonyme de ce prénom est KHADIM qui signifie travailler, être au service de. Je suis né au Sénégal, en Afrique de l’Ouest.

J’ai grandi entre deux villes, Dakar et Saint-Louis, avec une famille qui déménageait plusieurs fois dans l’année. Ce qui fait que je perdais facilement de vue des gens, des objets, des lieux que j’admirais. Inconsciemment, une capacité à ne plus m’attacher se développa en moi. D’ailleurs, jusque-là, j’ai du mal à donner de nouvelles à celleux qui en attendent de moi.

Entre temps, ma langue et mes actions ne sont plus dans ma poche depuis que je me suis lancé au théâtre de rue en 2006 à Saint-Louis, puis dans les villes et villages plus reculés avec une volonté d’amener le théâtre là où on ne l’attend pas. Mon verbe emprisonné commença à se conjuguer.

En 2016, je participe à une tournée en Côte d’Ivoire, Sénégal et Mali, avec une reprise de la pièce théâtrale Xaar Yalla de Younouss Diallo, mise en scène par Dorcy Rugamba, dont j’interprétai le rôle principal. Khroutchev, un jeune Sénégalais qui fait tomber enceinte une fille du quartier – un « accident biologique » dit-il – se retrouve prêt à tout pour trouver un bélier à sacrifier le septième jour après la naissance du gamin. La pièce part de cette base pour explorer le danger du dogme et des rapports Nord-Sud, Europe Afrique en particulier.

Par la suite, de 2011 à 2017, j’effectue plusieurs workshops au Sénégal et en Belgique avec des chorégraphes et metteurs en scène tels que, Karine Ponties, Pietro Varrasso, Fabrice Murgia, Agnès Limbos, Thibaut Wenger, Axel De Booseré, Younouss Diallo (fondateur du centre d’art nomade FOTTI).

En 2018, je rejoins le master en art de la parole à L’ESACT, Conservatoire Royal de Liège, d’où j’ai pu terminer ma formation en juillet 2019.
Au mois d’avril 2019, je présente ma carte blanche DSC 1.9 qui sera retravaillée et deviendra Le Discours, puis Nation.S en 2020.

Depuis ma présence en Belgique, je vis avec la peur de tomber dans une victimisation ou dans une revendication aboyante de ma négritude. Je reconnais que je remplis tous les critères d’un assimilé de la culture occidentale. L’école y a participé et cela, dès le bas âge.

Je me dis aujourd’hui que je dois en faire une force. Trouver la capacité de rester hybride culturellement et découvrir quelque chose de positif à travers ce métissage culturel.

« Comment peut-on comprendre de plus en plus et de moins en moins ? ». Jon Fosse, La gnose de l’écriture.

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