Marie Lecomte a finalisé son spectacle musical destiné autant aux enfants qu’à leurs parents. Son joyeux Voyage dans ma chambre qui nous ramène en chansons dans les années 80, était mâtiné de la tristesse de ne pas arriver à destination mais les quelques échanges humains qu’elle et son équipe ont pu vivre pendant les répétitions leur permettent de rester en scelle et d’envisager le futur avec plein d’envies nouvelles…

 

Voyage dans ma chambre - Marie Lecomte

Voyage dans ma chambre © Lara Herbinia

À quelle étape de la création étais-tu quand tu as appris que le spectacle ne se jouerait pas cette saison ?

Il restait des ajustements à faire et Laurence Halloy devait faire la création lumière. Il y avait des bouts de scène à tester avec les musiciens, Eric Bribosia et François Schulz, les deux « regards extérieurs », Hervé Piron et Eno Krojanker, et Marie Henry qui fait la dramaturgie du spectacle. Pour le décor, on avait le principal même s’il restait encore par-ci, par-là, des choses à bricoler. Le premier jour de notre arrivée, j’étais très émue parce que toute l’équipe technique du Varia était là pour nous accueillir. Même si on n’avait pas grand-chose à leur demander, chacun a pu travailler sur le projet : Lou, la stagiaire lumière, Ondine la régisseuse plateau et Odile, la costumière, qui nous a fabriqué un super sac et réparé un de nos rideaux.

C’était super et triste à la fois d’être entouré comme ça. C’était un peu comme si on préparait ensemble un grand anniversaire pour quelqu’un, avec plein d’enthousiasme, tout en sachant que cette personne ne viendrait pas… C’était très particulier.

Ça fait combien de temps que tu travaillais sur ce projet ?

Un an et demi, mais par petits bouts, comme on le fait avec le collectif « Rien de spécial + Enervé ». Heureusement, on a quand même pu faire trois bancs d’essai du spectacle devant des enfants au « Théâtre Mercelis » – qui est vraiment un chouette partenaire, et au mois de septembre à « La Maison qui chante » où on était en résidence. Là on a fait notre banc d’essai devant des parents. Le spectacle est vraiment générationnel. Il se passe dans les années 80, avec comme ambition qu’il parle autant aux enfants qu’aux parents. Et de ce point de vue, d’après les retours que j’ai reçus, c’est plutôt réussi.

Alors, le spectacle est prêt ?

Oui, le spectacle est prêt ! On a pu faire une captation sans public pour la diffusion, et une séance photo où étaient présents mes enfants et la fille de la photographe. Ça faisait du bien de pouvoir s’adresser à un public, même s’ils n’étaient que 5 dans la salle…

Dirty dancing par Marie Lecomte

Voyage dans ma chambre © Lara Herbinia

Est-ce que l’annulation a influencé votre manière de travailler ?

Oui, pour vraiment finaliser le spectacle, j’aurais aimé avoir plus d’allers-retours avec les enfants, pour savoir s’il y a des trucs qu’ils ne comprennent pas, et le réajuster si besoin. Mais bon on l’affinera quand on le présentera au public !

Tu as d’autres dates cette saison, en dehors du Varia ?

Oui, le 29 janvier, le 7 février et le 17 mars… Espérons que la date du 17 mars aura lieu ! Elle est prévue au Mercelis, avec une représentation scolaire et une tout public.

Comment vis-tu le rapport au public quand les possibilités d’échanges avec lui sont aussi limitées ou inexistantes ?

Je l’ai vécu des deux côtés.  Je l’ai vécu du côté de la scène quand on a joué un spectacle pour enfants à la Marlagne. Dans ce grand centre culturel de 400 places, deux classes seulement ont pu venir, soit 40 enfants, qui ont été placés au dernier rang. Il n’y avait aucune interaction possible, ça n’avait aucun sens. Donc franchement, jouer ou pas jouer, c’était pareil…

Et je l’ai vécu en tant que spectatrice. J’étais allée voir un ami jouer et comme les bars et les restaurants étaient fermés, on nous mettait dehors directement après le spectacle. Je me suis retrouvée sur le trottoir, et quand mon ami est sorti, on a à peine eu le temps de discuter.

J’en étais arrivée à me dire que jouer ou aller voir un spectacle dans ces conditions, ça ne sert presqu’à rien…

Toi qui travailles dans le jeune public et le tout public, remarques-tu des difficultés différentes dans les deux secteurs ?

Dans le jeune public, il y a encore moins de sous que dans le tout public. Voyage dans ma chambre est un projet soutenu par « Les jeunesses musicales » qui est une asbl non subventionnée. Aussi, toutes les dates qui avaient été programmées dans les écoles, ont simplement été annulées, sans compensation financière…  

As-tu d’autre projets, à titre personnel ou avec le collectif Rien de spécial + Enervé, qui étaient prévus et qui ont été chamboulés ?

Photo du spectacle de Marie Lecomte, Mimixte

Mimixte © collectif RDS

Oui, il y avait mon autre spectacle pour enfants, Mimixte, qui en est déjà à son troisième report. Il devait encore se jouer pas mal mais tout a été annulé. Comme ça fait un moment qu’on tourne, par la force des choses j’ai peur que s’en soit complètement fini de ce spectacle.

En revanche, avec Rien de spécial, on travaille sur notre nouveau projet. C’est une chance par rapport à d’autres de pouvoir rester actifs. Ça nous fait beaucoup de bien.

Est-ce que la situation a une incidence sur votre réflexion par rapport au futur de la compagnie ? De quelle façon tout ça interfère dans vos projets ?

J’avais vu passer un article sur deux directeurs de théâtre en Suisse qui disaient qu’au lieu de toujours prospecter pour aller jouer plus loin et rêver à des tournées internationales, il fallait se concentrer sur le local. Et je me suis dit qu’il y a tellement de centres culturels en Belgique où on ne met jamais les pieds, parfois simplement parce qu’ils ne sont pas assez équipés… qu’il fallait essayer de faire des spectacles adaptables à tout type de salles. Bien sûr, même si ça reste un peu le graal d’aller tourner en France, jouer plus local peut être tout aussi intéressant.

J’ai trouvé très chouette l’initiative de l’Espace Catastrophe de présenter des spectacles de cirque dans des vitrines de la ville. C’est une énergie que nous n’avons pas pour l’instant, mais ça nous attire avec le collectif de tester dans le futur des choses plus performatives, qui se font plus à l’arrache. C’est peut-être ça que la situation a pu provoquer. Cette envie d’aller à la rencontre de publics qui ne viennent pas forcément dans les salles.

Quel est ton avis sur la tendance actuelle de remplacer les représentations par du streaming ou des vidéos ?

Photo du spectacle Desperado

Desperado © Alice Piemme

Alors, il y a eu Desperado, des collectifs Enervé et Tristero, qui a été capté par la RTBF. On avait déjà une captation que nous avions faite pour la diffusion du spectacle. Donc notre idée était de faire autre chose. On voulait tourner en dehors d’une salle de théâtre, mais ça n’a pas été possible pour diverses raisons de temps et de moyens techniques. Finalement la captation a eu lieu sur la scène du Grand Varia. L’équipe de la RTBF a quand même réussi à filmer le spectacle un peu comme au cinéma, en se mettant sur le plateau avec les acteurs. On aurait préféré que ça se tourne ailleurs parce que le théâtre ça se vit dans une salle mais si c’est pour le filmer, la salle n’a aucun intérêt. Mais bon.

Avec Rien de spécial + Enervé, vous avez l’habitude de travailler sur le décalage entre le quotidien et la fiction. Aujourd’hui que la réalité ressemble très fort à une fiction, ce doit être compliqué de retrouver ce décalage…  Comment se prépare votre prochain spectacle ?  

On a envie de garder un côté très théâtral, et surtout faire sentir au public qu’il est indispensable à la représentation. C’est ce qui est au cœur de notre recherche pour l’instant.

Pour l’instant, l’action se situe dans la période préhistorique. On est en pleine fiction, mais le réel va redébouler dans cette fiction. De quelle manière ? On est encore en recherche…

 

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