RDS + NRV, c’est la fusion du collectif Rien de Spécial (Marie Lecomte, Alice Hubball et Hervé Piron) et du collectif Enervé (Eno Krojanker et Hervé Piron). Le premier, créé en 2011, « propose une vision cartésienne, clinique, de nos existences contemporaines, mettant en avant la solitude, le matérialisme, l’uniformisation et le culte de l’image ». Le deuxième, créé en 2008, « propose des créations qui interrogent les rapports de pouvoir avec un goût prononcé pour l’absurde et l’autodérision ».

 

Rien de Spécial + Enervé et le Varia

Marie Lecomte, Alice Hubbal, Eno Krojanker et Hervé Piron, membres du collectif Enrvé + Rien de Spécial

Crédit : Le Soir

Vous souvenez-vous de votre première fois au Varia ?

Alice Hubball : C’était il y a une quinzaine d’années (au moins…), je sortais du conservatoire, Marcel Delval m’avait confié un rôle important dans une pièce de Martin Crimp. C’était ma première rencontre avec la famille du Varia.

Eno Krojanker : C’était avec La Fontaine au sacrifice par le Groupe TOC (texte de Marie Henry, mise en scène de Anne Thuot). J’ai beaucoup aimé ce projet. Un travail collectif avec un groupe de personnes avec qui j’avais déjà bossé, et avec qui je m’entendais très bien ! Bref un tout bon ressenti pour une première au Varia !

Marie Lecomte : Quand je suis arrivée à Bruxelles, c’était pour faire l’INSAS et le premier spectacle dont je me rappelle, est la série des Schwab mis en scène par Michel Dezoteux (Extermination ou mon foie n’a pas de sens, Les Présidentes et Excédent de poids, insignifiant: amorphe). J’étais hyper contente d’être dans cette école, avec des profs comme lui. Je n’avais jamais vu ce genre de théâtre.

Hervé Piron : Le premier spectacle que j’ai vu au Varia était Periclès Prince de Thyr avec Philippe Jeusette, qui a été mon prof après et avec qui j’ai joué par la suite. C’était très drôle… j’ai un souvenir de machinerie, de corps qui volaient.

En fait j’ai un très bon souvenir de cette pièce et je me suis dit, sachant que le Varia était fort lié à l’Insas, que je voulais jouer là. J’allais beaucoup au théâtre mais celui-ci m’attirait particulièrement. Mes deux tantes m’amenaient souvent au théâtre mais, en général, je n’étais pas très convaincu… Et c’est en allant au Varia, seul ou avec une copine, que j’ai découvert un peu autre chose.

Pouvez-vous partager un souvenir mémorable ou une anecdote amusante vécue au Varia ?

Alice : Pour mes 40 ans, le délicieux gâteau d’Arnaud Bingoni, le chef du Veggie Café : parce que le Varia c’est ça aussi, l’esprit festif !

– Hervé : Avec Transquinquenal, sur Capital confiance. C’était en 2008. On parlait de la crise et du fait que plein de gens étaient devenus chômeurs. J’avais un monologue où je déconnais sur le principe de « vous vous êtes bien fait avoir, on vous a bien arnaqué ! » C’était de l’humour évidemment. Un soir, après la représentation, un type est venu me voir pour me dire : vous m’avez regardé dans les yeux en disant « vous vous êtes bien fait arnaquer », comment avez-vous deviné que j’ai été renvoyé de mon travail ? Je lui ai dit que je m’adressais chaque soir à une personne différente et qu’il ne devait pas le prendre pour lui… Il s’est avéré que c’était un mec passionné de théâtre, que j’ai revu de nombreuses fois, à d’autres pièces. Et à chaque fois, on se remémore en riant ce jour où il a cru que je lui adressait la parole.

Marie : Sur le spectacle Il ne dansera qu’avec elle d’Antoine Laubin, on sortait de scène par l’arrière de la grande salle après une scène où plusieurs d’entre nous étaient nus, et on devait faire le tour pour re-rentrer par l’autre côté. Pour faire le tour, il fallait passer par le bar qui, surprise, était occupé par quelques spectateurs qui se désaltéraient après avoir vu un spectacle dans la petite salle. Sympa le petit verre !

Eno : Les incroyables karaokés de dernière!

Des œuvres qui changent la vie

Marie Lecomte, Hervé Piron, Eno Krojanker et Alice Hubball, membres du collectif Rien de spécial + Enervé

Crédit : Olivier Donnet

Quel est le spectacle que vous avez créé ou auquel vous avez participé, qui a eu le plus gros impact sur votre vie ? 

Marie : C’est un peu intime, étant donné qu’on crée souvent à partir de nous, de nos vies. Notre dernière création, Rater mieux rater encore, sur l’échec, la remise en question… a bouleversé beaucoup de choses.

Alice : C’est difficile de n’en nommer qu’un. Ce sont les expériences cumulées, les choix que l’on fait, qui déterminent le chemin. Si je dois en choisir un, en rapport à l’impact que cela a eu sur ma vie en général, je dirais notre création Obsolète qui m’a fait prendre conscience de l’ampleur de la catastrophe écologique et qui m’a fait changer mes habitudes de consommation.

Eno : Les Croisés par le Théâtre Agora, mis en scène par Marcel Cremer. Ce n’est pas tant le spectacle en lui-même que la méthode de travail autobiographique qui a beaucoup influencé ma manière d’aborder le théâtre.

Hervé : Le tout premier spectacle qu’on a fait avec Eno, Petit déjeuner orageux un soir de Carnaval. Au moment où on a décidé de faire un truc vraiment à nous, même si on avait participé au groupe TOC avant. C’est avec ce spectacle que j’ai ressenti pour la première fois la joie de créer quelque chose à partir de zéro. Dès qu’on a eu notre statut d’artiste, on s’est donné rendez-vous et on a travaillé un mois ensemble. On a fait des impros dans une bibliothèque. Les gens ne comprenaient absolument pas ce qu’on fabriquait. Un concierge passait souvent entre nous pour ranger les livres, c’était très drôle !

J’ai ce souvenir de partir dans un délire à deux et de ne plus savoir s’arrêter à mesure que ce délire s’alimentait. Tout un univers commençait à vivre de lui-même par la joie de l’imagination. On a pu voir comme on se complétait et comme c’était agréable. On était vraiment complémentaires, moi pour imaginer des situations et Eno qui a un don pour les dialogues. Et puis le spectacle a eu un beau succès.

En fait, de tous nos spectacles, c’est celui qu’on a le plus joué et j’espère qu’on le jouera jusqu’à notre fin. Il a été immédiatement pris aux Doms et a beaucoup tourné. Indubitablement, il nous a changé la vie parce qu’on s’est rendu compte qu’on pouvait sortir du strict rôle de comédiens et créer, sans être entièrement dépendants du désir des autres. Ça change beaucoup de choses dans la tête.

Quelle est l’œuvre qui vous a le plus marqué.e.s en tant que spectateurs.trices ?

Marie : Je pourrais en citer quelques-unes, mais j’ai vraiment adoré un spectacle qui s’appelle GRANDE et qui était présenté aux Halles de Schaerbeek en 2018. C’était une création mi-cirque, mi-théâtre-performance, de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel. J’aime les spectacles qui sont montés soit à partir des comédien.ne.s, soit carrément en collectif. C’est ce qui me plaît en général.

Hervé : La classe morte de Kantor, que je n’ai vue qu’en vidéo. Le coté magie noire du spectacle me fascine. Il y a de l’humour et un aspect rituel, très sombre et très étrange, mystérieux et fou dans ses pièces, auxquelles je ne comprends pas grand-chose, mais elles me captivent. Kantor est toujours sur scène avec ses comédiens, comme une sorte de chef d’orchestre.

Dans La classe morte, un groupe de vieux écoliers, tous grimés, entrent dans la classe et engagent une suite de dialogues fragmentés. Et il y a la Mort qui est là, incarnée par une femme de ménage. Sans oublier la danse, et les chants. C’est une œuvre très plastique – car il était plasticien aussi – dans l’unité des costumes notamment. Toute l’ambiance est très simple et à la fois d’une force esthétique incroyable.

Eno : C’est un spectacle de rue que j’ai vu à Châlons-sur-Saône et dont je ne me rappelle plus le titre. Il s’agissait d’un duo que j’avais vu avec Hervé. On s’est dit que c’était exactement l’ambiance et l’atmosphère qu’on avait envie de retrouver, ou de recréer, mais dans une salle de théâtre !

Alice : James Turrell, Francis Bacon, Les chiens de Navarre, Les Marchands de Pommerat, Germinal d’Halory Goerger et Antoine Defoort, et pour commencer : Le tartuffe d’Ariane Mnouchkine en 1996… 

Si Rien de Spécial + Enervé était …

Portrait de la comédienne Alice Hubball

Alice

  • une émotion / un sentiment ? un rire jaune
  • un cri d’animal ? un coassement
  • un être / un animal légendaire ? un zorse: ce n’est pas un animal légendaire mais il en a l’air et je ne l’ai jamais vu, donc… vrai ou pas ?
  • une partie du corps ? le nombril du voisin
  • un sport olympique ? le curling !
  • un objet du quotidien ? un radio-réveil
  • une figure de style ? la répétition
  • un courant artistique ? RdS ne pourra jamais être un courant artistique à lui seul…
  • un dicton ? « I n’est ch’qu’i n’est : éne vake, ch’est poin un beudet. » C’est du picard… (traduction: Il en est ce qu’il en est : une vache, ce n’est pas un âne.)

 

Portrait du comédien Eno Krojanker

Eno

  • une émotion / un sentiment ? une ironie optimiste
  • un cri d’animal ? un rire de hyène
  • un être / un animal légendaire ? un gnome farceur
  • une partie du corps ? les poils
  • un sport olympique ? la pétanque
  • un objet du quotidien ? une bonne bouteille de cava
  • une figure de style ? la contrepèterie (dans l’idée, même si c’est souvent un peu lourd)
  • un courant artistique ? le Rococo
  • un dicton ? Qui mange une noix de coco fait confiance à son anus

 

 

 

 

Portrait de la comédienne Marie Lecomte

Marie

  • une émotion / un sentiment ? la surprise
  • un cri d’animal ?  le rire d’une hyène
  • un être / un animal légendaire ? l’Hydre de Lerne, cet animal de la mythologie grecque. Quand on lui coupe une tête, il en a deux qui repoussent. Parce que dans le collectif, on a quatre têtes et on bosse avec de plus en plus de gens. C’est quelque chose qui nous convient bien d’avoir toujours les mêmes créateurs, les mêmes personnes autour de nous. Et tout le monde travaille un peu sur tout. Tout le monde réfléchit au même titre à tous les aspects du spectacle.
  • une partie du corps ? Les pieds, pour rester toujours debout
  • un sport olympique ? Le triathlon
  • un objet du quotidien ? Une poubelle, parce qu’il y en a dans tous nos spectacles. Pas vraiment par choix, mais parce que ça règle toujours un de nos problèmes (« ah ben tiens, si on mettait une poubelle »). Ce n’est pas délibéré, ça arrive un peu malgré nous et puis on le constate. Dans Obsolète par exemple, la poubelle était le centre de la scéno, et on jetait tout dedans. On aurait bien voulu ajouter un camion benne mais c’était trop cher… On a aussi fait un spectacle pour enfant qui s’appelait Super ou pas, et là on avait carrément trois poubelles de tri. Et il y a avait un moment de magie où je me transformais à l’intérieur d’une poubelle.
  • une figure de style ? L’oxymore
  • un courant artistique ? L’expressionnisme
  • un dicton ? L’humour noir, c’est la politesse du désespoir. Achille Chavée

 

Portrait du comédien et metteur en scène Hervé Piron

  • une émotion / un sentiment ? Le doute amusé.
  • un cri d’animal ?  Le cri de la marmotte.
  • un être / un animal légendaire ? Andy Kaufman, qui a notamment été incarné par Jim Carrey dans Man on the moon.
  • une partie du corps ?  Le nez, parce que tout le monde a un gros pif dans la compagnie. Enfin un nez bizarre en tout cas.
  • un sport olympique ? La marche nordique, celle qu’on fait avec des bâtons.
  • un objet du quotidien ? Un décapsuleur qui fait une chanson d’Elvis à chaque fois qu’il ouvre une bière, Love me tender.
  • une figure de style ? Un euphémisme
  • un courant artistique ? Le mouvement Panique. C’est un mouvement artistique français proche des surréalistes français dont Topor est l’un des fondateurs.
  • un dicton ? Plus c’est sérieux, plus c’est bête. Witold Gombrowicz

 

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